Comment se lavait-on les dents autrefois ?

Le Coin des Curieux (challenge « une semaine sans dentifrice »)

Comment nos ancêtres s’occupaient-ils de leurs dents ? Utilisaient-ils du dentifrice ? Quels étaient leurs meilleures astuces pour avoir le sourire éclatant ? Au risque de m’y casser les crocs, je vais tenter de te brosser l’histoire complète du lavage de molettes. T’es prêt ? Tout commence il y a fort, fort long-dents…

1 – Le dentifrice, une histoire vieille comme l’Égypte

Les premières traces de dentifrice se trouvent au coin des lèvres des Égyptiens de l’Antiquité. On employait déjà à cette époque mille et un outils pour bichonner ses quenottes : bois fibreux, masticatoires, cure-dents en bois, en plume ou en poil de porc-épic, bâtons à mâcher, bains de bouche, etc.

Et les recettes de dentifrice rivalisaient d’originalité : mixture de cendres et d’argile, mélange de miel, de terre de plomb et de fruits de palmier, poudre de pierre, pulpe de dattes, remède à base d’opium et de plantes variées, etc.

Peinture murale représentant de gauche à droite le dieu Anubis, le pharaon défunt Toutankhamon et la déesse Hathor)
La plus vieille recette connue de dentifrice est égyptienne et date de 4000 ans avant notre ère. (peinture murale dans le tombeau de Toutankhamon, XIVe siècle avant J.-C.)

Si les Égyptiens mastiquaient volontiers de la cardamome pour garder l’haleine fraîche, ils ne rechignaient pas non plus à mâchonner de temps à autre une souris ou le cœur d’un serpent afin de prévenir les maux de dents. Quant aux Chinois, ils ne démordaient pas de l’idée qu’en badigeonnant leurs ratiches d’excréments de chauve-souris, ils soigneraient leurs caries.

2 – Des recettes de dentifrice toujours plus surprenantes

Plus tard, les Grecs et les Romains étoffèrent certaines de ces recettes en y ajoutant des ingrédients plus abrasifs tels que des coquilles d’huîtres broyées, de la pierre ponce ou encore de la poudre d’os calciné. Les femmes les plus coquettes n’hésitaient pas à se blanchir les dents en les mouillant d’urine humaine.

D’ailleurs, puisqu’on parle de Romains, savais-tu que le mot « dentifrice » trouve ses racines dans la langue de César ? Du latin dens (dent) et fricare (frotter), qui a donné naissance au terme dentifricum.

Toujours durant l’Antiquité, il est aussi amusant de constater que la priorité n’était pas forcément d’avoir une haleine engageante. En Assyrie, par exemple, un bon dentifrice était avant tout un dentifrice qui pue. Il permettait ainsi d’éloigner les démons.

3 – L’hygiène bucco-dentaire dans l’Europe médiévale…

Au Moyen Âge, malgré certains a priori, l’hygiène tenait une place très importante. Une dentition bien blanche était gage de vitalité. Aussi les nobles d’Occident faisaient-ils un usage courant du fusequoi (cure-dent) et de l’esguillette (cordon de soie servant de fil dentaire). Et pour l’haleine, les plus riches s’offraient quelquefois des bains de bouche au clou de girofle.

Un arracheur de dents muni d'une pince est en train de retirer une dent à un patient
Au début du XIIIe siècle, l’Église interdit aux médecins de pratiquer la chirurgie. De nombreux barbiers s’improvisent alors arracheurs de dents, au grand dam de leurs patients.

Quant au dentifrice médiéval, il prenait le plus souvent la forme d’une poudre dans laquelle on pouvait broyer pêle-mêle des os de seiche, des écorces de grenade, de la muscade, des pattes de crabes, des noyaux de dattes, des feuilles d’olivier, de l’encens, du corail et même… du marbre !

Les paysans, de leur côté, avaient pour habitude de décrasser leurs ratiches à la cendre. Parfois, ils les frottaient avec des feuilles de prêle ou simplement avec un linge. Il leur arrivait également de mastiquer des racines de noyer car celles-ci, en brunissant les gencives, faisaient paraître les dents plus étincelantes.

4 – … et ailleurs dans le monde : l’ohaguro et le siwak

Mais alors qu’en Europe c’était à qui aurait les dents les plus laiteuses, dans le Japon de l’ère Heian (794-1192), la noblesse avait coutume de se teindre les dents en noir. Eh oui, c’est ce que les Japonais appellent « l’ohaguro », une pratique qui a perduré jusqu’au XIXe siècle, notamment chez les femmes mariées et les geishas. En contrastant avec la blancheur de leur visage, les dents noires étaient pour elles synonymes de beauté et d’érotisme.

Enfin, le Moyen Âge est la période durant laquelle l’usage du siwak s’est répandu à travers le monde musulman. Tu penses, ce bâtonnet frotte-dents a été popularisé par le prophète Mahomet en personne ! Celui-ci le recommandait au moment des ablutions pour s’attirer les bonnes grâces de Dieu. Une vraie révolution donc pour l’hygiène bucco-dentaire, élevée au rang de rituel sacré.

5 – Les dents arrachées du Roi Soleil

À la Renaissance, l’intérêt accordé aux soins bucco-dentaires différaient énormément selon les régions. Pendant qu’en France le chirurgien Ambroise Paré encourageait l’utilisation quotidienne du dentifrice, en Espagne le roi Philippe II en interdisait carrément (carie-ment ?) l’usage ! Une décision en cohérence avec une politique anti-hygiéniste globale. Dans la péninsule ibérique du XVIe siècle, se laver revenait à commettre un péché mortel.

Au siècle suivant, on observe un développement considérable des parfums, très utiles pour camoufler les exhalaisons fétides de la bouche. Ainsi, à la cour de Louis XIV, chacun y allait de sa petite pastille parfumée, ne serait-ce que pour rendre supportables les conversations en face à face.

De plus, on sait que les chicots du Roi Soleil, à son 48ème anniversaire, brillaient déjà bien davantage par leur absence que tout court. Ce qui donne une petite idée du niveau de la dentisterie de l’époque…

6 – Qui a inventé la brosse à dents ?

Si l’on parle de la première brosse à dents dotée d’un manche et d’une tête en poil d’animaux (de sanglier, en l’occurrence), ce sont les Chinois qui l’auraient conçue. On date généralement cette invention de la fin du XVe siècle, bien qu’elle pourrait en réalité remonter à la dynastie Tang (619-907).

En France, la brosse à dents fit son apparition assez tardivement. Considérée comme un objet de luxe, elle était ainsi portée – tiens-toi bien – en pendentif par les courtisans les plus fortunées du roi Louis XV. Mais les médecins de l’époque se montraient encore méfiants vis-à-vis de cet ustensile exotique.

En fait, la brosse à dents ne se démocratisera vraiment dans l’Hexagone qu’à partir du XIXe siècle. L’utilisation zélée qu’en faisait Napoléon Bonaparte, très à cheval sur l’hygiène bucco-dentaire, y est sans doute pour quelque chose.

Brosse à dents de l'empereur Napoléon Ier. Le manche est en vermeil et surmonté d'une tête en poil de sanglier.
Brosse à dents de l’empereur Napoléon Ier. Le manche est en vermeil et surmonté d’une tête en poil de sanglier.

7 – Le tube de dentifrice, une invention du XIXe siècle

Le premier tube de dentifrice est né en 1841. Son inventeur ? L’Américain John G. Rand, peintre de profession. Rien d’étonnant puisque son tube, fait de métal et fermé hermétiquement à l’aide d’une pince, était aussi conçu pour conserver la peinture en huile.

Dans la foulée, John Rand déposa un brevet d’une pâte de dentifrice à base de craie, de menthe et – nouveauté – de savon ! Mieux qu’un pot, le tube permet au dentifrice de ne pas sécher prématurément. Avec cette invention, le dentifrice en pâte, encore appelé « pâte à dents » par nos amis canadiens, prit donc un essor considérable.

En 1896, la société américaine Colgate & Company réalisa une avancée majeure en développant un tube en étain, souple et enroulable. Il faut ensuite attendre le début du XXe siècle pour voir l’arrivée massive des dentifrices industriels dans nos trousses de toilette.

Des enfants munis de brosses à dents derrière un énorme tube de dentifrice de la marque Royal Vinola
Carte postale du début du XXe siècle.

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Ressources et inspirations :

« L’histoire du dentifrice : de ses débuts à nos jours » Aurélien Brevet, Chirurgie, 2017

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